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30/07/2016

Remarquables

jardins d'annevoie,jeux d'eau,patrimoine,xviiie,belgique,wallonie,anhée,promenade,fontaines,château,culture,nature,art des jardins« La plupart des arbres que l’on rencontre aux détours des sentiers sont remarquables par leur stature et leur développement, plus que par la rareté de leur essence. D’immenses marronniers, de magnifiques hêtres pourpres, des mélèzes du Japon et de remarquables charmilles, tantôt taillées en forme de haies, tantôt formant de hautes palissades. »

Source : Une promenade dans les jardins d'Annevoie (Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse)

 

 

28/07/2016

Jardins d'Annevoie

Au bord de la route qui longe la Meuse après Namur vers Dinant, la direction des Jardins d’Annevoie est indiquée en grand, et nous avons laissé la voiture au parking juste en face pour revisiter ce « domaine classé Patrimoine majeur de Wallonie ». Des jardins du XVIIIe siècle où l’eau est reine, depuis 250 ans. Un réseau de canaux y distribue les eaux du Grand Canal par vases communicants, sans machinerie : ce sont des « jardins d’eau ».

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Mes souvenirs d’enfance étaient vagues et un peu sombres, sans doute les avions-nous visités par un jour sans soleil. Peut-être espérais-je y voir davantage de fleurs, alors que le goût du XVIIIe allait davantage aux perspectives et aux massifs taillés ? Cette fois, de belles éclaircies ont accompagné une bonne partie de la promenade.

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Le plan des Jardins donne de brèves explications sur le parcours discrètement numéroté, qui se découvre au regard peu à peu. De part et d’autre du chemin, la verdure à la surface d’eaux stagnantes attirait de nombreuses libellules en pleine saison des amours semble-t-il, et même sur le dos d’un visiteur.

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La salive du « Grand Cracheur » monte jusqu’à sept mètres de haut, précédant des cascades. Conçus d’abord dans le style français (perspectives et symétrie), les jardins offrent aussi des surprises, des contrastes, dans le style italien, et çà et là des imitations de la nature, à l’anglaise. Et de grands arbres remarquables.

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Ce qui est très gai, aux Jardins d’Annevoie, c’est leur variété. Il suffit de se retourner pour voir apparaître une vue différente ou inattendue de l’endroit qu’on vient de traverser. Le domaine est vaste : son histoire est racontée dans une série de billets du site de Bob intitulé Les lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse.

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Quand on approche du château, côté jardin, on voit bien qu’il a été construit en plusieurs étapes dans cette belle pierre grise de la région namuroise : à la jonction entre façades, aux fenêtres différentes, aux briques sous certaines corniches… La gentilhommière sur la droite est la partie la plus ancienne.

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On le découvre d’abord « côté eau » puisque la façade sud du château se mire dans l’eau, juste en face d’un rare « buffet d’eau », un des seuls en Europe « à avoir subsisté en parfait état de fonctionnement sans l’intervention d’aucune machine depuis sa construction en 1760 ». Au-dessus, à contre-jour, les silhouettes de Neptune et d’Amphitrite. Contourner le château est un régal pour la vue, au jeu des reflets.

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Non loin d’un autre miroir d’eau, la « fontaine Triton » montre un enfant aux cheveux bouclés tenant les rênes du grand poisson qu’il chevauche, le visage de la fillette qu’on découvre de l’autre côté est ravissant. A travers les ouvertures aménagées dans les haies, le regard s’échappe, devine ce qui l’attend.

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Que de belles perspectives ensuite, avec des arbres taillés en cônes, des murets, des plates-bandes fleuries ! On se contente de jeter un coup d’œil vers la cour intérieure du château (défense d’y entrer), en face de la « grande Allée » dont les parterres sont plantés d’impatiences de Nouvelle-Guinée rouges et oranges, comme des tapis au pied de statues des quatre saisons (en trompe-l’œil).

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Orangerie, potager, bassins et fontaines, passages de verdure couverts, il reste bien des choses à découvrir ensuite. Et même des groseilles rouges à cueillir, trois enfants ne s’en privaient pas. Des bancs bien placés permettent de contempler les jardins à l’aise, on a le temps – du moins, si le ciel le permet.

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Quand on monte vers le Grand Canal, après être passés devant la crypte où reposent Charles-Alexis de Montpellier et ses descendants (à l’arrière de l’église d’Annevoie), on jouit de nouvelles vues superbes sur le château et les jardins. Mais de gros nuages noirs nous ont fait presser le pas pour terminer le parcours avant la pluie – j’aurais bien passé plus de temps au « Jardin des fleurs » et continué la promenade au-delà.

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Chaque saison donne une atmosphère différente aux Jardins d’Annevoie, comme on peut s’en rendre compte sur les photos du site. En été, ils sont peut-être moins fleuris qu’au printemps, mais on y goûte particulièrement la fraîcheur des eaux dans cette belle nature civilisée, héritage du siècle des Lumières.

26/07/2016

Idéalement

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« Idéalement, marcher est un état où l’esprit, le corps et le monde se répondent, un peu comme trois personnes qui se mettraient enfin à converser ensemble, trois notes qui soudain composeraient un accord. Marcher nous permet d’habiter notre corps et le monde sans nous laisser accaparer par eux. Nous sommes libres, alors, de penser sans pour autant nous perdre entièrement dans nos pensées. »

Rebecca Solnit, L’art de marcher, Actes Sud, 2002.

25/07/2016

Marche du dimanche

Chaque dimanche, des marches balisées sont organisées en Wallonie et en région bruxelloise par l’Adeps (Administration de l'Education Physique et des Sports), et parfois nous aimons nous joindre à ce rendez-vous dominical auquel certains sont très fidèles. Le Brabant wallon n’est pas loin de Bruxelles, et c’est l’occasion d’y découvrir des paysages qui ne se rencontrent qu’à pied.

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Chacun choisit la longueur de son parcours – 5, 10, 15 ou 20 km – et son heure, puisque l’accueil aux « points verts » est assuré toute la journée, de 8 à 18 heures. La participation est libre et gratuite, il suffit de retirer sa carte de participation sur place, où l’on trouve aussi des commodités, des stands où se procurer une boisson ou un en-cas au retour.

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Le 10 juillet dernier, un dimanche véritablement estival, il y avait du monde dès le matin pour prendre le départ à côté du hall des sports à Wavre, mais heureusement il y avait encore des places de parking à proximité (le stationnement n’est pas toujours aussi simple). J’avais pris l’appareil photo, aussi vous aurez un aperçu du parcours jaune (10 km) qui nous attendait à travers les champs et les bois, un parcours très varié, loin des habitations, avec quelques belles demeures en prime.

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Sur le talus du chemin de fer, que nous avons longé jusqu’à la station de Basse-Wavre, les coquelicots étaient fringants et se mêlaient aux épis bleu mauve des vesces (ou des gesses ?). Une fois sur le chemin des champs, j’ai eu l’œil attiré par la barrière blanche d’une allée arborée qui descendait d’un bois, joli contrepoint aux courbes douces du paysage – les couleurs ne l’étaient pas moins.

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On passe à côté de la Ferme de l’Hosté, « ancien château devenu manoir au XIVe siècle ». Cette grande ferme carrée typiquement brabançonne, en briques et pierre bleue, offre aujourd’hui des chambres d’hôtes et gîtes ruraux, vous trouverez d’autres photos sur son site. En tournant autour des bâtiments, on découvre un blason au-dessus d’une porte cochère, « aux armes des Looz-Corswarem » (1767).

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Du chemin à travers champs, on aperçoit de beaux arbres à la lisière du bois qui ondule au-dessus des blés. Puis on y pénètre et c’est l’ombre bienfaisante, surtout en montée, et on suit du regard les marcheurs qui nous devancent et passent sous un pont, sous un tronc renversé. On se fait dépasser, peu importe  – à chacun sa mesure.

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Au sortir du bois, revoici les coquelicots éclatants. Certains champs ont déjà été moissonnés, sur d’autres, on est au travail : peu à peu, on se rapproche des paysans en plein ramassage des ballots de paille, en admirant la lumière sur les chaumes merveilleusement dorés.

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Plus on s’en approche, et plus un bel arbre solitaire grandit – magnifique gardien des lieux, au-dessus d’un champ de pommes de terre en fleurs. A son ombre, je boirai un peu d’eau.

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Un salut au cheval Zarkan (son abri porte son nom) avant de cheminer dans un bois : il y fait plus frais et le chemin descend, de quoi retrouver un peu d’allant. Dans le vallon, voici une autre ferme ancienne. Une affichette avec une notice de présentation nous fait lever les yeux vers le château de Laurensart en haut de la colline, un domaine (plus de deux cents hectares) qui se visite uniquement lors des journées du patrimoine.

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Le parcours enjambe la Dyle, toute calme d’un côté du pont, toute frémissante de l’autre. En remontant vers des habitations, nous verrons le château de Laurensart de plus haut et de plus loin (dernière photo prise de plus loin au zoom).

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La fatigue et la chaleur aidant, je n’ai plus rien photographié ensuite, et pourtant nous avons encore trouvé d’autres points d’intérêt le long du chemin, comme l’ancienne gare de Gastuche transformée en centre de santé, ou les belles propriétés nichées dans les bois de l’avenue de Doiceau.

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Après cela, par l’avenue Saint-Job, on retourne au point de départ, avenue de la Belle-Voie. « Créée en 1628 à l’initiative des moines de l’abbaye d’Affligem, la Belle-Voie devait alors permettre de relier Wavre au sanctuaire marial et à Bas-Wavre », peut-on lire sur le site de la ville. De jeunes tilleuls ont remplacé en 2014 les vieux marronniers affaiblis le long d’une belle allée piétonne qui mérite encore et toujours son appellation.

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Finalement, vous le voyez, un peu de culture s’est tout de même mêlé à ce parcours « nature et santé ». Chaque dimanche, différentes propositions vous sont faites sur le calendrier des marches Adeps en Wallonie : celles du Brabant wallon, à chaque fois que nous y avons participé, remportent un énorme succès. Même s’il y a du monde, chemin faisant, on ne se marche pas l’un sur l’autre, l’ambiance est bon enfant. On y voit des gens de tous âges, des familles, des couples, des solitaires, des coureurs, et même des chiens sportifs.

23/07/2016

Représentation

« La plupart du temps, l’artiste utilise des images qu’il a réalisées lui-même. Il exécute des mises en scène photographiques en mettant à contribution ses amis, sa famille, ou des anonymes qui acceptent de poser pour lui. Le peintre est donc également photographe et metteur en scène, gérant accessoires, éclairage, position des acteurs. Il sait évidemment, au moment de la prise de vue, que les images ne resteront pas des photographies, qu’il les utilisera comme points de départ pour sa peinture. Son regard de peintre se mêle à son regard de photographe, afin de former des photographies-futures-peintures. Franz Gertsch transfère ensuite l’image photographique en peinture, comme un traducteur ferait basculer un texte d’une langue à l’autre.

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Franz Gertsch, Irene VIII, 1981- Private Collection
Franz Gertsch Courtesy by Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Une fois les images choisies, Gertsch en tire des diapositives qu’il projette en très grand format sur une immense toile blanche. Traitant la surface zone après zone, l’artiste s’affaire à en peindre consciencieusement chaque centimètre carré. Il reste au plus près de la toile, les yeux accrochés aux minuscules détails qu’il réalise. Ce travail titanesque est qualifié de « chorégraphie » par la femme de l’artiste, qui a réalisé une vidéo permettant de saisir l’ascèse à laquelle il se soumet pour exécuter cette re-représentation, cette représentation puissance 2. (…) Franz Gertsch a mis au point ce mode opératoire au fil des années. Chaque geste est maîtrisé, la peinture est posée mécaniquement sur la toile : aucune variation n’intervient, aucun repentir n’est possible. Le geste de l’artiste est sûr, entraîné. La soumission à l’image est complète. »

Hélène Carbonell, Franz Gertsch. Le peintre du présent (Document pédagogique, Toulouse, Les abattoirs, 2014)

PHOTOREALISM. 50 years of Hyperrealistic Painting, Musée d'Ixelles, 30.06 > 25.09.2016

21/07/2016

Les expos d'Ixelles

« PHOTOREALISM. 50 Years of Hyperrealistic Painting » : la grande exposition d’été au musée d’Ixelles présente trois générations de peintres américains pour la plupart, des années 1960 à 2010. Leur défi ? Peindre de façon aussi réaliste qu’une photographie la société de consommation pour la célébrer – ou en dénoncer les excès ? Je vous parlerai ensuite de l’exposition bis, « Rien ne va plus ! Tableaux d’une exposition », une installation très originale de Juan d’Oultremont.

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Des voitures et des motos, des carrosseries, des chromes, des jouets, des bars, des restaurants, des maisons, des intérieurs, des portraits, des nus… Dans le sillage du Pop-Art, les hyperréalistes dépeignent et critiquent l’« american way of life ». Je vous renvoie au site du musée pour la description de ce courant pictural qui opte pour une vision « documentaliste » du monde. A distance aussi bien de l’abstraction que de la subjectivité, ces peintres partent de photographies qu’ils transposent sur la toile en grand format.

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 Tjalf Sparnaay, Fried Egg, 2015 © Private Collection of Tjalf Sparnaay

La froideur des images qui en résultent est plutôt déconcertante, mais au fur et à mesure qu’on les découvre – certaines sont époustouflantes comme cet œuf sur le plat du Hollandais Tjalf Sparnaay –, on regarde, on s’étonne et on se pose plein de questions sur la démarche de ces peintres. En plus de l’aspect technique, au résultat forcément spectaculaire, le choix des sujets, le cadrage, la disposition des objets révèlent des orientations diverses et on finit par deviner parfois, d’une toile à l’autre, qu’il s’agit de la même signature.

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©
Ben Schonzeit, Poivrons (Source)

Remington#5 de Robert Cottingham montre une prédilection pour la typographie qui se confirme quand on google son nom à la recherche d’images. Ici la machine à écrire est coupée par le bord de la toile, manière de casser l’illusion. On trouve des natures mortes tout au long du parcours, comme ces Poivrons jaunes et rouges de Ben Schonzeit qui a souvent peint des légumes et des aliments. Audrey Flack rassemble des objets pour créer des « vanités » contemporaines.

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Tom Blackwell, Sequined Mannequin, 1985, Collection of Susan P. and Louis K. Meisel, New York
© Tom Blackwell, Courtesy by Institute for Cultural Exchange, Tübingen, Germany, 2016

Il s’agit donc bien de peinture et je l’ai perçu davantage devant un arrière-plan flou, des jeux de reflets dans une vitrine de magasin, des ombres, un visage sans contour… Les vues urbaines et les paysages sont particulièrement troublants de réalisme, mais quand nous regardons autour de nous en nous promenant, et même à l’intérieur, voyons-nous aussi net que sur ces peintures ? Ou le regard sélectionne-t-il toujours un point d’appui, laissant le reste dans le vague ?

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Anthony Brunelli, Main Street, 1994, Courtesy of Louis K. Meisel Gallery, N.Y., image
© Anthony Brunelli photo, Institut für Kulturaustausch, Tübingen, Germany, 2016.

La lumière se joue des choses, elle est bien sûr à l’œuvre sur ces toiles, particulièrement dans les représentations d’objets en verre (qui m’ont fait penser à Ken Orton, bien qu’il ne soit pas exposé ici). Les peintures de Richard Estes montrent les métamorphoses dues à la réflexion.

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© Richard Estes, Car Reflections, 1969 (Private Collection)

Bref, le photoréalisme, tout compte fait, donne beaucoup plus à voir que les choses mêmes ! « I’m not duplicating life, I’m making a statement about human values » déclarait le sculpteur hyperréaliste Duane Hanson, exposé ici en 2014.

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Juan d'Oultremont, Dresser le tableau, 2016
© 
Juan dOultremont photo Cissiste international

« RIEN NE VA PLUS ! Pictures at an exhibition. Juan d’Oultremont » : il vous faut traverser les collections permanentes – leur nouvelle présentation est très belle – pour visiter la deuxième exposition d’été au musée d’Ixelles. J’ai eu la chance de la découvrir en compagnie de Juan d’Oultremont, un artiste bruxellois qui aime surprendre et qui le fait bien, fondateur du mouvement Cissiste International 

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Palette de nettoyage 2013 atelier Francis Alys © photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

Au départ, une pochette 33 tours des Tableaux d’une exposition de Moussorgski décorée d’une palette. 63 artistes belges et étrangers à qui il en a envoyé un exemplaire ont accepté d’utiliser cette pochette comme leur propre palette et ces 63 palettes contemporaines forment une des pistes du grand jeu musical et pictural auquel nous sommes invités ici : les connaisseurs reconnaîtront peut-être tel ou tel peintre avant de chercher à quel nom correspond le numéro sur la liste (elle-même présentée sur une pochette à prendre à l’entrée du parcours). Michaël Borremans a couvert presque toute la surface de tons bruns, Annick Leizin y a formé des bulles de couleurs diverses, d’autres se sont limités aux contours de la palette initiale ou ont carrément tout recouvert.

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Palette Annick Lizein ©  photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

A côté de ces variations sur un même thème, des toiles – surprenante Charlotte Beaudry –, quelques sculptures, et même une voiture peinte par un système de car-wash reconverti ! Sur des tables, Juan d’Oultremont a disposé par « familles » une collection de 250 pochettes, autant de versions discographiques différentes des Tableaux d’une exposition. (Lui-même a dessiné des pochettes pour certains chanteurs, comme vous pouvez vous en rendre compte sur le site de cet artiste pluridisciplinaire.)

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Palette Stephan Balleux © photo Juan d'Oultremont - Cissiste International

Les diverses façons dont le titre suggestif de Moussorgski a été illustré sur les pochettes de disques reflètent une évolution visuelle, des choix d’illustrateurs : déambulation dans une salle d’exposition, portraits d’interprètes, paysages, graphismes attendus ou inattendus. J’ai pensé d’abord à chercher Ekaterina Novistkaya qui avait gagné en 1968, le Reine Elisabeth de piano en jouant Moussorgski à seize ans – elle m’avait épatée – et je l’ai trouvée ! Une bande-son accompagne évidemment cette installation pleine de fantaisie. « L’art est-il un jeu ? » titrait déjà Juan d’Oultremont en 2002.

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Catalogue Rien ne va plus Tableaux d'une exposition Juan d'Oultremont

J’ai malheureusement oublié de me procurer le catalogue original de « Rien ne va plus ! » au format livre de poche, qui m’aurait permis de vous en dire davantage, mais au fond, c’est aussi bien : allez-y, le musée d’Ixelles vous invite à ces deux expositions jusqu’au 25 septembre. Et en prime, celle d’Oriol Vilanova, lauréat Art’Contest 2015 (dont je ne vous dis rien, ne l’ayant pas vue).

19/07/2016

Jour d'imposte

Jour. Ouverture aménagée dans une construction pour laisser passer le jour.

Imposte. Pièce de menuiserie, comportant ou non une partie vitrée, placée dans la partie supérieure d'une baie de porte ou de fenêtre au-dessus des battants.

Petit-bois, petit-fer. Petit élément en bois ou en fer subdivisant le vitrage d’un châssis.

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Le glossaire de l’architecture est fort utile à consulter pour mieux lire les notices de l’Inventaire du patrimoine architectural en région de Bruxelles-Capitale (il suffit d’y cliquer sur les liens pour accéder aux définitions). Celui-ci met des mots sur ce que je regarde chaque fois que je sors du supermarché près de chez moi :

« Jour d’imposte de la porte à vitrail figurant des fleurs. »

« Jour d’imposte de la porte à petits-bois et vitrail figurant un papillon. »

18/07/2016

Le quartier Hamoir

Le rendez-vous était donné devant Train World, à la gare de Schaerbeek – comment ? vous n’avez pas encore visité ce nouveau musée extraordinaire ? –, pour une promenade guidée dans le quartier Huart Hamoir (à nouveau organisée le 24 juillet). Nous étions donc en bas de cette belle avenue arborée dont je vous ai déjà présenté les côtés pair et impair – j’aime m’y promener. On l’appelle aussi le quartier Monplaisir, du nom du grand domaine antérieur au tracé actuel : la place devant la gare a été aménagée là où se trouvait jadis un étang.

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La première petite station « Helmet » date de 1864, trente ans après les débuts des chemins de fer belges. La première gare érigée (bâtiment de gauche) marquait l’aboutissement du tracé royal ; avant de dire rue et place Princesse Elisabeth, on les appelait rue Royale Sainte-Marie et place Nationale. La deuxième gare (bâtiment de droite), plus grande pour s’adapter à l’afflux des voyageurs, a été construite 26 ans plus tard dans le même style néo-Renaissance en briques rouges et pierre de Gobertange ; on y voit l’influence de l’art nouveau, notamment dans le spectaculaire arc en plein cintre métallique au-dessus des portes.

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A gauche de la gare, quand on est en face, un groupe de maisons anciennes montre des architectures intéressantes ; la plus basse, à l’angle de l’avenue Monplaisir, est antérieure à la transformation du quartier de 1907 à 1910. La guide de PatriS nous a invités à nous retourner pour observer l’actuel immeuble Zola, anciennement Grand Hôtel Moderne (1922) dû à Joseph Diongre, de style Art déco, avec un remarquable encorbellement et un toit-terrasse. Dans les années quarante, on l’a divisé en appartements.

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A droite de la gare, la grande halle construite pour accueillir Train World réussit malgré sa taille à rester discrète, sans nuire à la cohérence architecturale de la place. Un bâtiment fonctionnel des années 30, qui sert encore de laboratoire aux chemins de fer, le sépare de la gare. Au numéro 9 de la place, l’ancien Hôtel des Voyageurs, de style éclectique, porte au-dessus de la lucarne centrale un dôme qui a perdu son lanternon et, plus bas, l’année de sa construction : 1914. A l’origine, il était doté d’une galerie au rez-de-chaussée.

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Nous avons fait un saut jusqu’au formidable Train Hostel, bâtiment Art déco qu’un passionné a magnifiquement aménagé pour accueillir les visiteurs de Train World ou de Bruxelles : on ne peut pas le rater, avec son wagon sur le toit qui abrite une suite. Il a fallu planter des pieux sur vingt mètres de profondeur pour supporter son poids ! Toute la décoration évoque le monde des trains, comme nous avons pu le voir dans la cour intérieure où le joli chat du lieu nous a accueillis et dans la « cuisine partagée » ouverte à tous, exemplaire de l’esprit du Train Hostel aux tarifs accessibles et où les gens, jeunes ou vieux, osent se parler, partager un repas.

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Le bourgmestre Achille Huart Hamoir s’est battu pour obtenir cette avenue large de 60 mètres (120 m là où elle s’élargit en ellipse), créée en 1908, d’où l’on avait une vue plongeante sur le domaine de Laeken. Les maisons et immeubles qui la bordent révèlent trois phases : l’éclectisme avant 1914, l’Art déco et le style Beaux-Arts dans l’entre-deux-guerres, quelques touches de modernisme ensuite (Sasasa en est un bel exemple).

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En s’arrêtant devant l’une ou l’autre de ces belles façades, la guide attire notre attention sur le caractère faussement résidentiel du quartier : à l’arrière se cachaient des entrepôts, des manifactures – biscuiterie, atelier de couture, chemiserie… – qui procuraient du revenu aux propriétaires des parcelles. Si vous cliquez sur les liens vers l’Inventaire du patrimoine architectural, vous trouverez une notice détaillée ainsi que des photos, voire des vues anciennes. 

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Les avenues qui aboutissent sur l’avenue Huart Hamoir (à droite en montant) contiennent aussi des merveilles architecturales. Avenue Giraud, nous observons les styles variés de l’architecte Joseph Diongre (celui de la belle maison Art nouveau rue Laude) pour répondre aux souhaits de ses clients, les jolis motifs végétaux au-dessus des portes, les ferronneries. Au 93 se trouvait l’atelier que Diongre a construit pour Privat-Livemont. Quelques maisons sont à vendre (sans garage), dont un ancien atelier d’artiste de 1911 au numéro 32.

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L’architecte schaerbeekois François Hemelsoet a construit de nombreuses maisons dans le quartier Hamoir : dans l’avenue Verhaeren, nous admirons les numéros 39, 37, 35 (ci-dessus). Avenue Sleeckx, le 31 vient d’être superbement restauré, y compris les sgraffites de Paul Cauchie. C’était la maison personnelle de l’architecte Florent Rasquin. Du 38 au 44, encore de splendides façades Art nouveau signées Hemelsoet. Au 76, deux beaux profils féminins de Privat-Livemont, une restauration récente.

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La montée, avec des allers et retours avenue Huart Hamoir, s’est terminée au square Riga où les vieux arbres sont si beaux. La guide nous y a montré quelques maisons remarquables comme la Villa Regina ou, de l’autre côté, celle du numéro 12, devant laquelle je m’arrête souvent pour l’admirer : sa façade polychrome est soulignée de sgraffites à feuilles de marronnier et profils féminins, jusque sous le porche.

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Les participants non schaerbeekois se sont étonnés de la richesse patrimoniale du quartier : chacune des avenues citées mériterait, à mon avis, une visite exhaustive, comme celle de l’avenue Demolder que j’avais suivie l’an dernier, en particulier l’avenue Sleeckx si riche en sgraffites – peut-être lors d’une future édition des Estivales ?

16/07/2016

Umbra / Vertige

Pour la première fois, je suis allée jusqu’au monument érigé au bout de la plage d’Ostende et de la promenade Roi Baudouin, à la limite de Mariakerke.

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Umbra, un bronze de 2002 signé Herlinde Seynaeve, est un hommage à Léon Spilliaert.

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Posé sur des gradins circulaires, il s’inspire de son fameux Vertige (1908) où une femme en noir, son long foulard flottant sous le vent, affronte le vide du haut d’un escalier monumental.

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A l’arrière-plan, les galeries royales et l’Hôtel Thermae Palace d’Ostende

 

14/07/2016

Spilliaert à Ostende

Depuis longtemps, j’ai envie de vous parler de Spilliaert, un peintre belge pour qui j’ai une admiration particulière. Vendredi premier juillet : pas encore la foule à Ostende, nuages et pluie assombrissent le début de l’été. Un bon jour pour découvrir la nouvelle aile du Mu.ZEE consacrée à « Deux grands maîtres ostendais : Ensor et Spilliaert » puis Het Spilliaert Huis (La Maison Spilliaert), ouvertes depuis mai 2016.

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Cabines de bain sur la plage d'Ostende

« Ensor et Spilliaert ont beau être ‘le jour et la nuit’, leur œuvre témoigne de la même fascination pour la lumière d’Ostende, le rythme de la mer, les pêcheurs et la vie sur la plage. » (Brochure du Mu.ZEE) James Ensor (1860-1949) et Léon Spilliaert (1881-1946) y sont nés, y ont vécu, y ont peint. Tous deux étaient fils de commerçants : on peut encore visiter la Maison Ensor où sa mère vendait coquillages, masques et objets exotiques ; en revanche, la Grande parfumerie Spilliaert n’existe plus – sa devanture annonçait « Fleurs des Flandres », « Brise d’Ostende », des parfums fabriqués par le père de Spilliaert.

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http://www.visitoostende.be/fr/het-parfum-van-oostende...

Deux grandes photos à l’entrée des nouvelles salles du « Musée d’art-sur-mer » au rez-de-chaussée montrent l’une, Ensor contemplant la plage noire de monde de la terrasse du Kursaal (casino) en 1926 et l’autre, Spilliaert en compagnie d’Oscar Jespers, également sur le balcon du casino (ils y ont exposé ensemble en 1925) devant la plage et ses cabines de bains. On verra de nombreuses photos des peintres, des affiches, des livres, des lettres qui les montrent en relation avec d’autres artistes et amis, des écrivains, des galeristes... Une lettre d’Ensor à Eugène Demolder, juge de paix, montre leur amitié – comparée à celle de Don Quichotte et Sancho Panza. Celui-ci a écrit la première biographie d’Ensor en 1882.

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http://www.muzee.be/fr

Le parcours présente leurs liens avec la ville et leurs points communs : Ensor peint Ostende encore provinciale, la ville de pêcheurs que le roi Léopold Ier va choisir comme villégiature et transformer en ville mondaine ; l’insomniaque Spilliaert, de vingt ans son cadet, peint les galeries royales (édifiées sous Léopold II au début du XXe siècle, aujourd’hui décrépites), la plage, la mer au clair de lune, les rues désertes, des silhouettes solitaires.

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Ensor, Les toits d'Ostende, 1901 (Mu.ZEE, Ostende) © SABAM BELGIUM 2016

Ensor n’a pas quinze ans quand il peint une toute petite toile lumineuse que je connaissais pas, Couple de pêcheurs. Après l’orage (1880) montre sa fascination pour les nuances du ciel, on y voit déjà sa palette de tons nacrés qui feront merveille sur de nombreuses toiles. Une composition de coquillages du magasin Ensor est présentée près de la grande tapisserie de la fameuse Entrée du Christ à Bruxelles en 1889 – la toile originale est au Getty Museum de Los Angeles. Elle a été réalisée en 2010, grâce à un mécène, sur un projet de tapisserie colorié par Ensor lui-même. Des écouteurs permettent de l’entendre discourir, déclamer, et commenter la composition de cette toile, qu’il met en rapport avec le montage de coquillages.

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Ensor, Autoportrait au chapeau fleuri, 1883 (Mu.ZEE, Ostende) © SABAM BELGIUM 2016

Ensor s’est moins souvent représenté que Spilliaert. Son célèbre Autoportrait au chapeau fleuri a été peint d’abord sans chapeau, ajouté quelques années plus tard ainsi que des traits bleus au-dessus de sa moustache, une façon géniale d’instiller fantaisie et humour dans ce chef-d’œuvre. Un petit autoportrait plus tardif du Baron Ensor avec son diable et son blason affiche la devise : « Pro luce nobilis sum ».

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Un chat dans les dunes, extrait des Images d'Ostende de Henri Storck

Un autre Ostendais célèbre a rencontré Ensor et Spilliaert : le cinéaste Henri Storck, dont on peut regarder « Images d’Ostende », premier film centré sur l’eau, l’écume, les ancres, le vent, les reflets, les dunes, souvent des gros plans, des vues en plongée, et d’autres films sur la vie à Ostende, les passants, la plage, des documents précieux.

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Spilliaert, Le hibou (collection particulière)

Anne Adriaens-Pannier, spécialiste de Spilliaert, avait donné pour titre au catalogue de la rétrospective bruxelloise en 2006, « Léon Spilliaert, un esprit libre ». Passionné de littérature et de philosophie, Spilliaert reçoit sa première boite de pastels à Paris en 1900 (elle est exposée), où il visite avec son père l’Exposition Universelle. Il travaille d’abord comme illustrateur pour l’éditeur Deman et entre ainsi en contact avec Maeterlinck (Serres chaudes) et Verhaeren qui l’introduit dans les cercles parisiens. Verhaeren et Zweig ont été parmi les premiers à lui acheter des œuvres.

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Spilliaert, La digue d'Ostende vue depuis l'estacade, vers 1910  (La Libre Culture) © SABAM BELGIUM 2016

Léon Spilliaert souffrait de maux d’estomac et d’insomnie, il a longtemps vécu chez ses parents à Ostende où il se promenait le soir, noctambule solitaire attentif aux lumières crépusculaires et nocturnes. Ses nombreux autoportraits où le noir et le blanc dominent révèlent une personnalité inquiète, introspective, d’une part, et aussi sa fascination pour les objets, les plantes, les miroirs, les éclairages, les ombres. Peintre symboliste, il annonce l’expressionnisme.

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© Spilliaert, Le nuage, 1902 © SABAM BELGIUM 2016

Ensor et Spilliaert n’avaient pas vraiment de sympathie l’un pour l’autre. Spilliaert a des amis poètes – son mariage en 1916 avec Rachel Vergison est endeuillé par la mort accidentelle de Verhaeren. Le couple s’installe à Bruxelles, où leur fille Madeleine naît l’année suivante. L’œuvre de Spilliaert devient plus sereine. Quand il revient à Ostende à la demande de sa mère, en 1922, ses rapports avec Ensor s’améliorent. Il est à présent reconnu, exposé, des collectionneurs français achètent ses œuvres. 

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Spilliaert, Femme au bord de l’eau © SABAM BELGIUM 2016

Comme Ensor, il peint la vie des pêcheurs, leurs femmes, les quais, et aussi des promeneurs, des baigneuses. Et toujours des marines, dans de magnifiques couleurs où le ciel et l’eau se confondent. Ses diagonales ouvrent l’espace de la toile jusqu’à l’infini. Le dessin de Spilliaert est très graphique, il a le sens de la ligne, du cadrage. Sa technique est très variée : encre de Chine, lavis, pastel, gouache, crayons de couleur, aquarelle, huile…

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Het Spilliaert Huis (ce n’est ni sa maison, ni un musée) tout au bout des galeries royales (entrée par le 7, Koningin Astridlaan), propose depuis deux mois une très belle sélection (par Anne Adriaens-Pannier) de 32 œuvres issues de collections privées. A ne pas manquer si vous allez à Ostende : l’exposition est ouverte tous les jours pendant les vacances scolaires. Vous y verrez aussi la passion plus tardive de Spilliaert pour les arbres, leurs troncs, leurs branches entrelacées. Vous m’en direz des nouvelles.