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21/09/2017

Trace du corps

« Non seulement marcher restitue ses limites naturelles au corps en le rendant en quelque sorte souple, sensible, vulnérable, mais la marche elle-même étend le corps au monde, à l’instar des outils qui le prolongent. Le chemin est un prolongement du marcheur, les endroits réservés aux balades sont les monuments dédiés à son avancée, et marcher est autant une manière de fabriquer le monde que de l’habiter.

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On trouve donc trace du corps qui marche dans les lieux qu’il a créés ; chemins, jardins, trottoirs témoignent de la mise en œuvre de l’imagination et du désir ; cannes, chaussures, cartes, gourdes et sacs à dos sont d’autres concrétisations de ce désir. Comme agir et travailler, marcher exige un engagement, corps et âme dans le monde, c’est une façon de connaître le monde à partir du corps, et le corps à partir du monde. »

Rebecca Solnit, L’art de marcher

19/09/2017

Balade

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« Une simple balade dans les rues du quartier s’avère parfois aussi propice aux surprises, aux libérations, aux clarifications du voyage qu’un périple autour du monde ; marcher, c’est aller tout près et très loin à la fois. » 

Rebecca Solnit, L’art de marcher

18/09/2017

Sur ses deux pieds

Dans L’art de marcher, Rebecca Solnit réfléchit sur le goût, la pratique de la marche et relate son histoire, comme l’indique le titre original, Wanderlust : A History of Walking (traduit de l’américain par Oristelle Bonis, Actes Sud, 2002). J’y ai choisi quelques extraits à partager avec vous pendant cette seconde quinzaine de septembre.

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« (…) Je ne savais pas, ce jour-là, si j’arrivais trop tôt ou trop tard pour les lupins violets dont la floraison est si spectaculaire, sur ce finistère Pacifique, mais les stellaires qui poussaient sur le côté ombreux de la route menant au sentier me rappelaient les collines de mon enfance où, chaque année, ces fleurs blanches étaient les premières à fleurir à profusion. Les papillons noirs qui voletaient alentour, ailes palpitantes dans le vent, convoquaient une autre époque de mon passé. Avancer sur ses deux pieds rend semble-t-il plus facile le déplacement dans le temps ; l’esprit passe aisément des projets aux souvenirs, de la mémoire à l’observation. »

Rebecca Solnit, L’art de marcher

16/09/2017

Hommage

Tournay Solvay (56).JPGTournay Solvay (58).JPGAu parc Tournay-Solvay, une sculpture en bronze de Thérèse Chotteau, en hommage à Kelda Spangenberg. A la demande de ses parents, elle a représenté la jeune femme disparue (1974-1996) qui venait se détendre régulièrement dans le parc : « Kelda ou l’Eternel printemps ».

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Sur le côté, une feuille de chêne agrandie ; sur le socle à ses pieds, écrit de sa main, un court texte sur la nature et les choses qu’elle aimait. Une main amie lui a posé une couronne végétale sur la tête. Emouvant.

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© Thérèse Chotteau, Kelda ou L'éternel printemps, Parc Tournay-Solvay, 1998

* * *

Cap au Sud… Pour cette pause de septembre, je vous ai préparé quelques extraits en rapport avec une de mes activités préférées en vacances.
Bonne lecture et prenez bien soin de vous.

Tania

14/09/2017

Parc Tournay-Solvay

Méconnu des Bruxellois, le parc Tournay-Solvay ? Je ne le connaissais pas, à vrai dire, avant que Colo puis un reportage télévisé ne m’incitent récemment à cette promenade à Watermael-Boitsfort, au sud-est de Bruxelles, à proximité de la forêt de Soignes et de la ligne de chemin de fer Bruxelles-Namur. Au début du XXe siècle, l’architecte paysagiste Jules Buyssens a réaménagé le parc autour du manoir d’Alfred Solvay (construit en 1878 pour ce frère du célèbre Ernest Solvay) puis de sa fille Thérèse Tournay-Solvay, un parc racheté par la Région bruxelloise en 1980 pour l’ouvrir au public.

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Derrière nous, le chemin des Silex, le long de l'étang de Boitsfort

La voiture garée, nous empruntons le chemin des Silex qui longe l’étang de Boitsfort : de ce côté, une rive fleurie ; de l’autre, la forêt. Les plaques d’acier posées sur le chemin nous intriguent, jusqu’à ce que nous arrivions au chantier de construction d’une villa – elles sont destinées au passage des camions. Quelques rares maisons profitent déjà de cette situation exceptionnelle sur la Promenade Verte. Juste avant l’entrée du parc, nous admirons un ensemble de maisons autour d’une ancienne laiterie, pimpantes et fleuries.

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Voici d’autres étangs, plus petits, où s’épanouissent des nénuphars, où s’épanche un saule pleureur – le royaume du vert. Au bord du chemin qui mène à la maison des gardiens, quelqu’un a sculpté des souches : des champignons, une tête à longue barbe. Un panneau de Bruxelles Environnement (l’IBGE est gestionnaire du parc) signale une ancienne glacière devenue gîte d’hivernage pour les chauves-souris.

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« Colchiques dans les prés », la chanson de Francine Cockenpot me revient aux lèvres en marchant vers le verger où certains pommiers promettent une belle récolte. Un peu plus haut, le superbe potager vaut le détour (cueillette réservée aux jardiniers) : capucines, haricots, tournesols, courges, bourraches… J’aimerais rencontrer quelqu’un qui puisse me renseigner sur cette grande plante verte aux feuilles géantes divisées par une belle nervure rouge, très ornementale, sur une des parcelles (voir plus bas).

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Une mésange charbonnière vient m’en distraire, intéressée par les graines de tournesol encore disponibles. Un long mur de briques contre lequel poussent des fruitiers palissés protège ce potager. Les allées pavées mènent à un bassin central en pierre bleue. Je resterais volontiers ici plus longuement mais nous n’avons encore parcouru qu’une petite partie du parc.

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Du sentier le plus haut, on a de belles vues vers l’étang entre les arbres, puis on passe sur un pont, entre les grandes courbes des garde-corps en fer forgé, avant d’arriver au château Tournay-Solvay, en restauration depuis des années. Près des barrières du chantier, de grands panneaux expliquent les travaux entrepris et l’objectif à atteindre. Un incendie l’a laissé en ruines en 1982, il reste beaucoup à faire pour lui rendre de sa splendeur.

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Des arbres remarquables, des allées, des bancs nous attendent au-delà dans ce magnifique jardin à l’anglaise que nous sommes heureux d’avoir découvert en commençant par son côté le plus champêtre et non par la grande grille d’entrée, un accès actuellement gâché par les travaux en voirie, les voitures garées. De curieuses boîtes en bois (projet Out of the Box) annoncent au bord de l’allée une exposition pour sensibiliser au sort des abeilles, dans la Villa Blanche du domaine. « Si l’abeille disparaissait de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre. » (A. Einstein)

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Nous nous arrêtons d’abord près de l’impressionnante « Tête Olmèque n° 8 » donnée au peuple belge par le gouvernement de l’Etat de Veracruz. C’est une réplique due à Ignacio Pérez Solorzano (2002), de même hauteur (2m20) que celle trouvée au Mexique à San Lorenzo. Les archéologues y ont trouvé dix têtes colossales de ce peuple précolombien qui a vécu de 1200 à 500 avant Jésus-Christ.

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Exceptionnelle, la roseraie circulaire en gradins, en haut desquels des bancs accueillent promeneurs et visiteurs contemplatifs, est encore superbement fleurie en cette fin du mois d’août. Entourée par une haie bien taillée, le long de laquelle on se promène sous des arches métalliques où grimpent encore quelques roses, cette roseraie offre un jardin cultivé inattendu dans ce parc décidément très varié. Il n’y manque que l’eau de la fontaine centrale.

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Sur une grande pelouse d’où l’on découvre un autre côté du Château, en meilleur état, avec ses bandes blanches entre les briques rouges, sont couchés trois gigantesques mégaphones en bois de l’artiste estonienne Birgit Oigus (dans le cadre de la présidence estonienne du Conseil de l’Europe) : RUUP, « un espace privilégié pour penser et écouter », indique le dépliant du parc. C’est très beau dans ce cadre de verdure.

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La Villa blanche, villa art nouveau destinée aux amis des Tournay-Solvay, abrite aujourd’hui la Fondation européenne pour la sculpture. Jean-François Fourtou, dont les maisons sont aussi « des espaces mentaux, des surfaces de projections pour souvenirs enfouis », y expose « Les abeilles de Bruxelles ». Près de cet univers surprenant en trois dimensions, deux visiteuses font provision de graines dans le fouillis de la plate-bande, en particulier de grandes fleurs roses (non identifiées) entre les cosmos. 

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Les rois du parc, ce sont ses grands arbres magnifiques, dont certains sont à l’Inventaire du patrimoine naturel de Bruxelles : cèdres du Liban, hêtres pourpres, noisetiers de Byzance, séquoia géant, tilleuls, tsugas du Canada… Mais quelle beauté aussi dans les sous-bois, où la lumière se pose sur des tapis végétaux à la manière des peintures impressionnistes – rappelez-vous, la perception du paysage est culturelle (Alain Roger). Ceux qui s’y promènent reviendront sans doute au parc Tournay-Solvay. En sortant par le chemin des Silex, nous croisons beaucoup de personnes avec leur collation de midi, des habituées, visiblement, de cet endroit idéal pour une pause, par un beau jour d’été.

12/09/2017

Regard

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« Mais si je voulais tellement que JR me montre son regard, c’est parce que le regard est avant tout une attitude, et que ça a aussi beaucoup à voir avec le cinéma, que ce soit dans sa pratique ou dans sa réception. »

Agnès Varda in Agnès Varda : sur les enjeux et la conception de « Visages, Villages » par Thibaut Grégoire (Rayon vert, 7/7/2017)

 

Photo extraite de la vidéo © arte.tv

 

***

 

Grâce au regard de JEA sur l'histoire,
un
Chemin de la mémoire a été réalisé pour rappeler le judenlager des Mazures :
un billet récent à lire sur Mo(t)saïques2

11/09/2017

Des visages surtout

Que dire du dernier film d’Agnès Varda et de JR, L’Oeil d’Or du meilleur documentaire 2017 au festival de Cannes, que vous ne sachiez déjà ? Je suis allée voir Visages, villages en bonne compagnie dans le cinéma de mon enfance, au rendez-vous de l’amitié et des souvenirs (mais sans ouvreuse qui passe à l’entracte avec des friscos ou des noisellas). Le générique graphique surprend avec une longue liste de donateurs – les réalisateurs ont fait appel au financement participatif.

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Dans le camion de JR, les deux complices – lui en chapeau et lunettes noires, elle avec sa coiffure inimitable, ils se chamailleront gentiment à ce propos – se mettent en route pour aller à la rencontre des gens dans les villages de France, à la recherche des visages surtout. JR les invite à entrer dans le photomaton du camion d’où sortent leurs photos en grand format, photos qui seront collées ensuite sur des façades, des murs ou des endroits inattendus.

Pourquoi ? La question leur est souvent posée par ceux qui se prêtent au jeu : la dernière habitante d’un coron voué à la démolition, un agriculteur qui s’occupe seul de cultiver 800 hectares, un vieil artiste solitaire… Et même des dockers, quoique Le Havre où JR emmène Varda ne soit pas à proprement parler un village – et surtout leurs femmes, une des plus belles séquences du film.

Plus cadré, si je puis dire, que Les Plages d’Agnès, par le côté répétitif du procédé – la fantaisie, ici, réside dans le choix des rencontres et des lieux – Visages, villages véhicule ainsi toutes sortes de choses bonnes à dire ou à montrer. Où une personne aime vivre, ce qu’elle fait dans la vie, pour quoi elle se bat. Chacune laisse ici son empreinte, sur un mur et sur la pellicule, comme ce vieil ouvrier à son dernier jour d’usine qui se sent au bord d’une falaise, le vide de la retraite lui donnant le vertige. La guitare de Matthieu Chedid accompagne à merveille le déroulé du film.

Toutes sortes de rencontres sont partagées avec les spectateurs et parmi elles, la rencontre entre une réalisatrice d’un certain âge qui a des problèmes aux yeux et un jeune photographe-colleur qui cache les siens derrière des verres foncés. Leurs échanges m’ont semblé parfois plus parlants à l’image que dans le dialogue, où certaines paroles, certains mots sonnent un peu trop préparés.

On ne s’ennuie pas une seconde en regardant Visages, villages qui nous emmène loin des sentiers battus du cinéma. Les gens ordinaires n’en sont pas les vedettes mais tout de même les acteurs, d’une certaine façon, au risque de devenir populaires. Ainsi, sa photo en grand sur un mur du village a transformé une serveuse saisonnière en célébrité, on la reconnaît dans la rue et son image captée par les touristes se multiplie sur les réseaux sociaux. Cela ne lui plaît qu’à moitié.

Depuis le tournage, leur vie à tous continue, les photos collées subissent les effets du temps, comme ce magnifique collage éphémère sur une plage – moment fort du film repris par la plupart des critiques. La peau des murs vieillit comme celle des humains. La nostalgie, la vieillesse et la mort s’invitent dans ce documentaire d’Agnès Varda et JR, mêlées à la fantaisie et à l’humour, moins allègres toutefois que dans Les Plages d’Agnès.

Bien des thèmes de Varda (née à Ixelles) reviennent dans Visages, villages sur un ton différent, comme le rapport de l’image avec la mémoire, le goût du hasard, du quotidien. Fernand Denis écrit avec enthousiasme dans La Libre Belgique : « C’est fini, qu’est-ce qu’on a aimé ce Visages, villages ! Parce que c’est inattendu, parce que c’est humain, parce que c’est beau, parce que c’est poétique, parce que c’est chaleureux, parce que c’est drôle, parce que c’est émouvant, parce que c’est espiègle. Parce qu’avec les regards d’Agnès Varda et JR, on voit la vie autrement. »

09/09/2017

Espérance

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« L’anéantissement d’un être humain n’est rien si celui qui lui porte amour et compassion peut lui redonner de la confiance, de l’espoir, voire de l’espérance. »

Frédérique Deghelt, Les brumes de l’apparence

07/09/2017

Reçus en héritage

Hériter alors qu’on ne s’y attendait pas d’une propriété invendable à la campagne, voilà ce qui arrive à Gabrielle, bientôt quarante ans, parisienne invétérée, dans Les brumes de l’apparence, un roman de Frédérique Deghelt. La vie d’une autre témoignait déjà du goût de la romancière pour les situations inattendues et l’irrationnel.

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©
Denise (Les rêves d'Eugénie), merci pour la photo.

« Peut-être qu’il est impossible d’oublier ce qu’on a vu quand on ouvre une porte sur l’inconnu et qu’on comprend que de l’autre côté, il se passe quelque chose d’immense. » Avec ce préambule, la narratrice annonce la couleur : « J’hésite entre la fiction et la réalité, mais raconter une histoire comme un joli conte de fées, c’est toujours la même imposture : rien n’est autobiographique, mais tout est vécu. »

Ainsi averti, on entre dans ce roman avec prudence et curiosité – voyons où mène cette histoire. Gabrielle est organisatrice d’événements, son mari Stan est chirurgien esthétique et leur fils Nicolas passe son bac. Deux ans après la mort de sa mère, un notaire lui annonce qu’elle hérite d’une masure en ruine près d’une rivière, à Fermet-le-Bois, deux cents habitants. Le seul agent immobilier qu’elle ait trouvé dans la région, Jean-Pierre Moulin, lui assure au téléphone que l’endroit est magnifique et que peut-être, quand elle l’aura vu, elle n’aura plus envie de le vendre.

Voilà donc Gabrielle en route, l’esprit plein de clichés hostiles à la campagne « où il n’y a rien ». L’agent immobilier, très sympathique, l’emmène près d’une forêt « touffue et sombre » où une petite maison en ruine est à l’abandon depuis plus de quarante ans au milieu des ronces et des fleurs sauvages. Le notaire lui apprendra que sa mère avait la jouissance de cette propriété. Mais c’est à elle, Gabrielle, que sa tante Francesca Ambroisine Molliane, dont elle ignorait l’existence, a légué cet endroit surnommé « la forêt des Brumes ou la terre des Sorciers ».

Sa mère n’aimait que les villes – ses parents ont vécu à New York puis à Paris – et les casinos. Elle a toujours prétendu qu’elle n’avait plus de famille en vie. Gabrielle rend donc visite à cette tante aux cheveux blancs qui l’accueille comme si elle la connaissait : elle l’a vue bébé, quand sa mère la confiait à sa grand-mère – « Mais je suis bien contente de te revoir avant de quitter cette terre. » Elle a préféré donner le terrain à sa nièce, pour éviter que sa sœur Colette ne le vende ou le perde au jeu : « Je suis sûre que tu vas y trouver les fluides et les forces dont tu auras besoin pour accomplir ce que tu vas faire. »

Francesca aurait-elle l’esprit dérangé ? A l’épicerie du village, on lui dit que sa grand-mère Philomène Molliane était bien connue dans le coin : « Elle en a soigné plus d’un dans le village et au-delà. Elle barrait le feu. » Gabrielle se découvre la petite-fille d’une guérisseuse qui avait l’art de soulager les brûlés, la nièce d’une voyante qui soigne par les plantes, la fille d’une femme « qui ne voulait jamais entendre parler de tout ça. »

Le scepticisme de Gabrielle ne résistera pas longtemps. Retournée seule sur place, elle s’aventure dans la forêt et finit par trouver l’accès à une jolie rivière qui s’arrondit en une vasque transparente : « J’ai envie d’applaudir. J’attends l’ondine, la musique, la fée qui soulèverait le rideau de branches d’un saule pleureur. Je me penche au-dessus de l’eau, tends une main qui effleure le miroir glacé. Je bois, me mouille le visage. Quoi ? Personne n’achèterait ce paradis en croyant aux sordides racontars de ces villageois trop couards ? »

Vous en savez assez pour deviner que Les brumes de l’apparence nous emmènent en terre inconnue, guidés par Gabrielle qui tombe peu à peu sous le charme des lieux, comme l’avait prédit l’agent immobilier. Une nuit passée là va transformer de façon spectaculaire sa vision des choses et des gens. Elle que la nature n’a jamais attirée voit d’abord le potentiel de cette propriété. Un rêve va lui faire prendre conscience du don personnel qu’elle a hérité de sa famille maternelle et guider ses réactions sur la route du retour, quand elle arrive la première sur une scène d’accident grave.

Les cartésiens purs et durs n’iront sans doute pas plus loin dans cette fiction mêlée de fantastique. Quant à moi, je me suis laissé porter par le courant du récit, parfois convenu ou improbable, intéressée par l’évolution de son héroïne et le combat, en elle, entre le rationnel et ce qui lui échappe. Sa vie en sera bouleversée, on peut s’y attendre, il lui faudra faire des choix. Comme dans un conte, Frédérique Deghelt place sur son chemin des adjuvants et des opposants pour affronter les épreuves. Divertissement garanti.

05/09/2017

Hepburn à Bruxelles

Avenue Clays (11).JPGHepburn affiche.jpgEn balade vers lavenue Clays, nous avons eu le regard attiré par un hôtel de maître de style néo-Renaissance flamande (trois façades, 1887) qui a gardé une partie de son parc protégé par un mur de briques (couvert de tags), au 15 de la rue Fuss.

L’endroit a servi de décor pour une séquence d’un film célèbre, Au risque de se perdre (1959) de Fred Zinnemann, d’après le roman The Nun’s Story de Kathryn C. Hulme, avec Audrey Hepburn. 

Il faudra revoir le film pour y repérer le porche sous lequel passe la magnifique interprète de Sœur Luc. Audrey Hepburn aura bientôt une statue à Ixelles où elle est née.