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29/08/2016

Tous les verts

Au printemps, ils sont plus frais, plus acides, mais les verts de l’été, en août, ont aussi bien du charme. Au Rouge-Cloître, une après-midi : tous les verts, toutes leurs nuances, se mêlent. Où qu’il se pose, l’œil prend un bain de couleurs et de formes, de lumière et d’ombre.

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A la surface glauque des bassins, le long de l’abbaye, des grenouilles en grand nombre, immobiles.

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Nous sommes à l’entrée de la Forêt de Soignes ; se promener au Rouge-Cloître, c’est, autour des étangs, regarder le soleil jouer dans les feuillages. Le grand nid des cygnes est encore visible, près du chemin, mais ils se sont réfugiés de l’autre côté du petit étang des Clabots.

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La prêle des bois s’étend par endroits comme une rivière moussue au pied des troncs, légère, aérienne, élégante.

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A contre-jour, un arbrisseau se dessine, vert vif contre vert sombre. J’aurais voulu vous montrer le superbe martin-pêcheur au bord de l’eau, mais il s’est envolé trop vite.

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On plante çà et là de jeunes pins sur les talus, leurs aiguilles vert bleu contrastent avec le feuillage des arbres voisins. Le bois mort laissé sur place nourrit la biodiversité.

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Sous la surface verdie des étangs, des formes sombres en mouvement, parfois plus claires : les étangs du Rouge-Cloître abritent « la brème, la tanche, la carpe, le gardon, le rotengle, l’épinoche, la perche, le brochet ou la rare bouvière » (Bruxelles Environnement).

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Du chemin, on suit le fil de l’eau, entre les branches basses et les haies.

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Puis on revient vers la Maison du Meunier, où le lierre grimpe sur le toit – une maison souvent peinte, certains l’appellent la maison de Bastien.

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Près de la ferme, un dindon parade, on ramène les ânes. Dans les espaces de loisirs aménagés à l’arrière, les enfants montent à l’assaut d’un beau trois-mâts.

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Le site est aujourd’hui soigneusement préservé. Plusieurs zones non accessibles constituent l’une des réserves naturelles de la forêt de Soignes.

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Une promenade au Rouge-Cloître est toujours bienfaisante et en particulier, sous un ciel d’azur. Au sud de Bruxelles, c’est un endroit très cher aux amateurs de verdure.

27/08/2016

Mon pavillon

MonksHouse devant le pavillon.jpg
"Devant le pavillon de gauche à droite : Angelica Bell, Vanessa Bell, Clive Bell,
Virginia Woolf, Maynard Keynes et les jambes de Lydia Lopokova"

« Mon pavillon est abattu ; le nouveau est en cours de construction dans le verger. Il y aura de larges portes en façade ; et une vue directe sur Caburn. Je pense dormir là en été. » En décembre, le nouveau pavillon, avec un nouveau fruitier à l’étage était terminé. Pour onze livres, une petite terrasse de briques fut ajoutée en 1935, et devint le lieu de prédilection pour rassembler les amis dans des chaises longues, pour bavarder, prendre le thé et regarder le jeu de boules.

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"Le bureau de Virginia. Les chemises cartonnées portent des étiquettes écrites de sa main, des dossiers de travail pour ses romans"
Photo © Caroline Arber

La livraison qui sauva la vieille femme d’un débat sans fin avec Virginia sur l’existence de Dieu était une grande caisse contenant « un vaste bureau » qu’elle avait acquis pour six livres et 10 shillings. « Ce n’est pas un bureau ordinaire, comme vous pourriez en trouver un à Londres ou à Edimbourgh, et qu’on voit chez tout le monde quand on va déjeuner ; celui-ci est accueillant, plein de caractère, fiable, discret, très réservé. »

Caroline Zoob, Le jardin de Virginia Woolf

25/08/2016

Le jardin des Woolf

Même si on n’a rien lu d’elle, Le jardin de Virginia Woolf est un magnifique album à offrir aux amateurs de jardins et de fleurs – et un cadeau merveilleusement choisi pour qui aime Virginia Woolf, encore merci chère Colo. Caroline Zoob, ancienne conservatrice des lieux, signe cette « Histoire du jardin de Monk’s House » abondamment illustrée. Les photographies de Caroline Arber, les plans du jardin et des plates-bandes avec leurs légendes détaillées, les bouquets, sont un régal à part entière.

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Le jardin des Woolf : tous deux l’ont désiré, aimé, tous deux en ont récolté les fruits, mais le jardinier, c’est Leonard Woolf qui écrira après la mort de Virginia : « Je sais que V. ne traversera plus le jardin, depuis son pavillon, et pourtant je regarde dans cette direction et je l’attends. » L’acquisition de Monk’s House (Rodmell, Sussex) est une belle histoire. Le bail de leur maison d’Asheham terminé, ils n’imaginent ni l’un ni l’autre de ne plus pouvoir quitter Londres pour la campagne dès qu’ils le peuvent. A Lewes, Virginia visite seule, en juin 1919, la « Maison Ronde », partie d’un ancien moulin, la trouve à son goût : son offre est acceptée.

Quand elle y retourne avec Leonard, ils voient une affiche en passant : « Monk’s House, à Rodmell, maison ancienne de trois mille mètres carrés de terrain, à saisir » – « juste ce qu’il nous aurait fallu », aurait dit Leonard, que la « Round House » n’enthousiasme pas. Virginia reprend sa bicyclette le lendemain pour Rodmell, décidée à faire preuve d’objectivité : les pièces sont petites, Monk’s House manque de confort, mais les arbres chargés de fruits, les fleurs, le potager, la vue sur « l’éteignoir gris du clocher » l’emballent. A la vente aux enchères, le premier juillet, ils emportent la partie, elle « le rouge aux joues » et lui « tremblant comme la feuille ».

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Monk's House : Le salon vert

Dans une lettre, Virginia W. annonce : « notre nouvelle adresse est désormais Monk’s House, dotée de niches pour l’eau bénite et d’une superbe cheminée [deux niches flanquent la cheminée] ; mais la grande affaire, c’est le jardin. Je ne vous en dis pas plus, il vous faudra venir, vous asseoir sur l’herbe avec moi, ou vous promener sous les pommiers, ou grappiller des fruits – cerises, prunes, poires, figues, et des masses de légumes. C’est notre nouvel enfant chéri, je vous préviens. »

Ni électricité, ni eau courante, ni salles d’eau, cabinet au jardin… Virginia a déjà vendu des bijoux pour payer ses médecins et infirmières, les débuts sont très rustiques, on tire l’eau à la pompe. « Durant cinq ans, Virginia et Leonard se lavèrent dans la cuisine, derrière un rideau, et dans une bassine en fer blanc. » Mais au jardin, Leonard est dans son élément : il nettoie, désherbe, taille, fait des plans. Virginia chaule les murs de la maison de couleurs vives : rouge grenade pour la salle à manger, jaune vif dans les toilettes dehors, salon en vert vif (sa couleur préférée).

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Virginia et Leonard Woolf dans leur jardin de Monk's House
(leur photo préférée de Caroline Zoob © Famille Keynes)
 

Les photos des Woolf dans le jardin de Monk’s House montrent leur bonheur d’y vivre, leur entente. Au fur et à mesure de l’argent gagné, ils vont le transformer, l’embellir, acheter un bout de champ voisin pour préserver leur vue et leur intimité. Allées de briques, terrasses – notamment la « terrasse aux meules » qui intègre les meules des anciens propriétaires –, bassin aux poissons rouges… Leonard devra engager quelqu’un pour se faire aider.

Virginia l’aide comme elle peut, tient l’échelle, fait des confitures. Elle aime écrire dans la cabane à outils, ce qui est impossible par temps froid. Plus tard, elle aura son pavillon de travail « sous l’arbre près du mur du cimetière ». Ils adorent tous deux s’installer au jardin, y recevoir leur famille, leurs amis, jouer aux boules.

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Le pavillon de travail de Virginia Woolf à Monk's House ("Du temps de Virginia, il était moitié moins grand.
La partie à droite de l'arbre fut ajoutée après sa mort et reçoit désormais une exposition sur la maison.")

Caroline Zoob, dans Le jardin de Virginia Woolf, raconte et décrit chaque partie du jardin, les achats de plantes, les aménagements, le décor, les meubles, la lumière selon les saisons, au fil des années. Les variétés de plantes et d’arbustes sont nommées précisément. Son texte est émaillé de citations issues des écrits personnels du couple. Celui-ci surnommait les deux ormes qui se dressent au bord de la propriété « Leonard » et « Virginia ».

La conservatrice de Monk’s House durant sept ans raconte aussi ce que devient le jardin « après Virginia », la relation platonique de Leonard Woolf avec Trekkie Parsons-Ritchie qui partageait sa passion pour l’horticulture et le persuadera d’installer une serre contre la maison, dans les années 50, en plus des serres du verger, pour cultiver des espèces exotiques qui lui rappellent Ceylan, et à elle l’Afrique du Sud. Leonard Woolf ne voulait pas que la maison devienne un sanctuaire, il l’a léguée à Trekkie. Celle-ci la confia à l’université du Sussex, qui y logeait des universitaires – « Saul Bellow fut horrifié par le confort primitif de la maison au point de ne pas y passer une seule nuit. »

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La chambre de Virginia Woolf à Monk's House (carreaux de la cheminée de sa sœur Vanessa Bell,
"avec un phare, un petit cutter aux voiles rouge sang et des touches du vert de Virginia")

Mais le jardin en a souffert et Nigel Nicolson, le fils cadet de Vita Sackville-West, œuvra au rapprochement entre l’université et le National Trust. Avec l’aide de ceux qui l’avaient connue du vivant de Virginia et Leonard, la maison de Monk’s House a été « interprétée » dans ce sens avant d’être ouverte en partie au public : photos, tableaux, tissus reproduits, peintures recomposées, objets leur ayant appartenu. « Ce qui manque, sans doute, c’est le fouillis chaotique de livres, papiers, et les assiettes de nourritures pour chiens et chats posées sur l’escalier, dont se souviennent presque tous les visiteurs des Woolf à Monk’s House. »

23/08/2016

Pris le thé

« Nous rentrons à l’instant après avoir pris le thé avec Barbara et Saxon dans son studio. (…)

Woolf Affiche Omega.jpgLe couple dans cet intérieur offrait une illustration, presque trop parfaite pour mon goût, de l’esprit post-impressionniste. Il n’était jusqu’au chat noir et blanc qui semblait décoré par l’Omega. Chaux blanche dans laquelle se voit la marque du pinceau, un pilier rayé, tissu Barnet pour les sièges, et chiens de porcelaine pour le manteau de la cheminée, coton à carreaux partout où l’on pose le regard ; et, pour l’œil critique, une ou deux choses d’un goût équivoque ou des retours à un stade antérieur, par exemple un collier de perles attaché à un clou. Toutefois en rentrant à la maison j’ai trouvé ma chambre bien laide. La conversation a été posée, appropriée, mais pas intarissable. Je ne pense pas que Saxon (qui venait de se laver la tête) ait eu quoi que ce soit à dire ; et son comportement est un peu revêche et caustique en ce moment. Il m’a fait penser à une poule qui a pondu un œuf – mais un seul. Hampstead ne nous a pas plu. La vulgarité de Richmond est toujours un soulagement ensuite. »

Virginia Woolf, Journal (Dimanche 7 avril 1918)

22/08/2016

Femme-plume

Puisque je ne suis pas arrivée à présenter en un seul billet le premier tome du Journal de Virginia Woolf (400 pages), voici la suite. Elle qui avoue son « snobisme accablant » en certaines circonstances doit faire face aux réalités : le mauvais travail de l’apprentie à l’atelier d’impression, pourtant si gentille ; les coups de canon qui obligent toute la maisonnée à descendre se réfugier en pleine nuit dans le couloir de la cuisine.

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Woolf, Virginia. Bell, Anne Olivier. (Edit.). THE DIARY OF VIRGINIA WOOLF. COMPLETE IN FIVE VOLUMES.
London: The Hogarth Press, 1977-1984. (Source : TBCL) (Dessins de Duncan Grant)

Un thé à Gordon Square avec Nessa, Clive et Mary (sa nouvelle compagne) est « une petite fête (…) animée et riche d’informations de la dernière heure ; d’un intérêt sincère pour toute forme d’art ; et pour les êtres aussi. » Une note en bas de page signale que Kitty Maxse, rencontrée en cherchant du charbon, épouse du propriétaire-rédacteur de la National Review, l’a inspirée « dans une certaine mesure » pour le personnage de Mrs Dalloway.

Si Virginia Woolf sait donner des coups de griffe, elle sait aussi reconnaître les qualités de ses amis, révèle ses critères d’appréciation : Lytton Strachey, « l’un des plus souples de (leurs) amis », « le moins figé par des conventions et autres emplâtres », possède au plus haut point « le don de s’exprimer ». Leonard et elle sont plutôt soulagés de passer Noël seuls à Asheham, où elle lit mieux qu’à Londres.

1918 fait entendre des « bruits de paix » tous les trois mois ; le rationnement, les restrictions se font de plus en plus sentir. Le Club 17 devient le point de chute à Londres des jeunes de Cambridge, des membres de Bloomsbury, de leurs connaissances : on y lit la presse dans un fauteuil, on y prend le thé, on s’y retrouve autour du feu, comme en famille. Portraits, ambiances, potins, mentalités opposées (Cambridge vs Oxford). Un texte de Mansfield la déçoit – « petit talent de plume ». Aux conférences de la Guilde des femmes, le niveau n’est pas haut, la voilà qui dépeint les spectatrices comme des « anémones de mer gris pâle » avant de reconnaître que leurs soucis au quotidien les rendent excusables.

Un peu après ses 36 ans, Virginia tombe malade, le médecin la trouve trop maigre, on lui arrache une dent, elle se sent grippée. Elle va se reposer deux semaines à Asheham et quand elle en revient, note son principal grief : « avoir été divorcée de (sa) plume, coupée de tout un fleuve de vie ». Elle se rend le 9 mars à un « rally » de suffragettes pour célébrer la récente extension du droit de vote aux femmes de plus de trente ans, s’y ennuie, déplore le manque d’éloquence, la « vaine agitation ». Sa grande affaire, en fait, c’est son roman (Nuit et Jour) qui devient très absorbant, elle a déjà dépassé les cent mille mots. Alors les visiteurs deviennent un fardeau.

Il y a de merveilleuses pages dans ce Journal de 1918 qui ne se résument pas : sur six pommes dans un tableau de Cézanne ; sur la passion de Katherine Mansfield pour l’écriture – « du vrai roc » ; sur le mois de mai « opulent, extasié, magnifique », les floraisons et la lecture dans le jardin d’Asheham ; sur Carrington, « remuante et active »…

Du nouveau cahier qu’elle commence à la fin de juillet, elle prédit que « s’il ne meurt pas pendant l’été, où les soirées n’incitent pas à écrire, il devrait prospérer en hiver. » Elle y note aussi des contrariétés : le charbon qui manque (vont-ils finir par vivre au Club 17 ?) ; les fiançailles de son amie Ka avec Arnold Forster où elle ne voit « qu’une union de convenances et de commodité » ; une fâcherie avec Clive qui l’accuse : « Lorsqu’on a une intimité avec toi, il faudrait cesser d’en avoir avec qui que ce soit d’autre. Tu parles des gens comme moi je peins des vases. »

Faisons un bond jusqu’en septembre, pour ce que Virginia appelle une « parfaite partie de plaisir » à Brighton : bouquinistes, bonbons, déjeuner, promenade, thé, vitrines, « des folies dans quelque papeterie » et retour. Leonard Woolf, après bien des tractations, est nommé rédacteur en chef de l’International Review. Il faudra attendre le onze novembre pour que soit proclamé enfin l’armistice et aussitôt, remarque-t-elle, un changement remarquable se produit dans les esprits : « Nous revoilà devenus une nation d’individus. »

Le Journal de Virginia Woolf est truffé d’impressions de lecture, en général brèves, comme un bout d’essai en vue de la critique à écrire. Mais le grand intérêt de cette version intégrale apparaît dès ce premier tome : c’est le Journal d’une femme pour qui tout ce qu’on vit et ressent est appelé à devenir phrases et textes – d’une femme-plume.

Relire le Journal de Virginia Woolf – 4

Relire le Journal de Virginia Woolf – 3

Relire le Journal de Virginia Woolf – 2

Relire le Journal de Virginia Woolf – 1

20/08/2016

Fleurs des villes

Quartier des Cerisiers Tournesols.jpg

 

 

un jour sans soleil

fleurs des villes et fleurs des champs

je l’ai retrouvé

18/08/2016

Quartier des Cerisiers

Cette fois, les Estivales 2016 nous emmènent à la limite de Schaerbeek et de Woluwe-Saint-Lambert (WSL) pour découvrir le quartier des Cerisiers (autour de l’avenue éponyme), du XIXe siècle au modernisme. Yves Jacqmin, qui nous guide ce dimanche-là, rappelle que sur ce plateau qui surplombe aujourd’hui l’échangeur d’autoroute, on voyait auparavant des champs, des prairies, des moutons. Frontière orohydrographique, à proximité de Reyers et de Meiser, le plateau de Linthout « constitue la ligne de partage des eaux entre les bassins versants du Maelbeek et de la Woluwe. »

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Vierge à l'enfant (Chapelle de l'église du Divin Sauveur) - Qui en connaîtrait l'auteur ?

L’avenue de Roodebeek, percée au XIXe afin de relier le hameau de Roodebeek au Quartier Léopold, comportait alors un péage au profit de WSL qui a financé les travaux. C’était la campagne, on y construisait de belles résidences dotées de parcs privés. « Roode » désigne une zone essartée (défrichée, déboisée), « beek » un ruisseau. Il y a deux Roodebeek, l’affluent du Maelbeek qui traverse Schaerbeek et le Roodebeek à WSL.

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Au 199, des bâtiments ruraux subsistent dans l’alignement du XIXe, avec leur façade typique (ci-dessus) : le cimenteur recouvrait les briques d’un enduit qui imite la pierre, à peindre éventuellement, un procédé économique, solide et durable, comme on le voit cent ans plus tard. Plus loin, on a mis à nu des briques trop fragiles pour rester à l’air libre. Après nous avoir signalé une ancienne usine de papier gommé en intérieur d’îlot, Yves Jacqmin s’arrête devant une grille en fer forgé devant un terrain arboré : c’était l’entrée d’une grande propriété d’avant 1870, démantelée par l’urbanisation – nous verrons plus tard la demeure qui subsiste dans une autre rue.

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L’église du Divin Sauveur est la première étape du parcours sur les traces du modernisme architectural. Cette église art déco d’inspiration néo-romane jouxte une école homonyme de style contemporain – bois et baies vitrées. Construite entre l’avenue de Roodebeek et la rue Aimé Smekens durant l’entre-deux-guerres, selon les plans de Léonard Homez (qui dessinera ceux de l’église Sainte-Alix, à Woluwe-Saint-Pierre), l’église comporte sur sa façade nord en triangle un bel ensemble de vitraux intitulé L’arbre de Jessé (Pierre Majerus, 1985). Devant, de vénérables robiniers faux acacias ; le plus vieux est à l’inventaire des arbres remarquables. Le guide nous fait remarquer la maison de Paul Ramon à côté (un des architectes de la RTBF), dont les briques et les arcs en plein cintre s’harmonisent avec le style de l’église.

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Erigée en 1935 grâce à un don privé, l’église comporte de nombreux vitraux abstraits, aussi aux façades latérales – l’occasion de rappeler qu’à Schaerbeek, commune d’artisans, ont habité de nombreux maîtres verriers. Nous entrons sur le côté dans la nouvelle extension conçue vingt ans après (Jean Dehasse) par une large porte dont les bords (ainsi que deux fenêtres latérales) sont éclairés par du verre enchâssé dans le béton (Louis Stroobant) – le bénitier bleu en céramique s’harmonise avec ces éclats de bleu, de jaune et de blanc.

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Mais le plus spectaculaire dans cette belle chapelle post Vatican II, ce sont les hauts vitraux traversés par le soleil, en face de l’autel, au sud, dans l’esprit des théories du chanoine Lemaître sur le Big Bang et de Teilhard de Chardin (Mauritz Nevens et Hermann Mortier).

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« Le Point Oméga » d’après Teilhard de Chardin, dessin de Maurits Nevens et réalisation d’Hermann Mortier, 1979

Nous gagnons ensuite la rue Aimé Smekens où l’église présente une façade triangulaire minimaliste, toute en pierre bleue autour des vitraux. Dans cette rue, la diversité architecturale est frappante. Au 33, voici la grande demeure classique dont le parc aboutissait sur l’avenue de Roodebeek, dans un état impeccable. Elle appartenait à la famille de Meeûs* qui a fait construire d’autres maisons à proximité, dans un style tantôt traditionnel (au 30, avec cette étonnante arche de verdure héritée de l’ancien parc), tantôt moderniste (au 32, années 1950).

Rectificatif : Marcel Gilon, auteur de deux ouvrages sur l’église du Divin Sauveur (voir la bibliographie à l’IPA) a eu la gentillesse de me signaler que la belle maison classique de la rue Smekens, qui date de 1853, appartenait en réalité au comte de Lunden. En 1929, elle est à l’abandon et son acquéreur l’appelle « Château Linthout ». Cette famille a quitté la maison en 2001 et c’est son propriétaire actuel qui l’a magnifiquement restaurée. *La propriété Lunden s'étendait jusqu’à l’avenue de Roodebeek et c’est cette partie (de l’autre côté de la rue Smekens qui venait d’être ouverte) qui fut achetée par le comte de Meeus ; celui-ci a transformé la maison des concierges en une maison de style néo-gothique. (22/8/2016)

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Sobriété, lignes horizontales, style bateau entre autres pour les rambardes, angles aux fenêtres ou arrondis, toitures plates, nous reconnaissons plusieurs façades modernistes entre des maisons plus conventionnelles. Pour pallier l’absence d’ornement, l’architecte opte pour un dessin de lignes, laisse le joint creux entre les briques pour faire jouer la lumière. 

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Rares sont les maisons art déco des années vingt où tout a été conservé. En voici une au 53 (ci-dessous), avec ses vitraux et châssis d’origine, à côté d’une autre qu’un architecte a rehaussée en agrandissant les baies vitrées, aujourd’hui envahie par la verdure.

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On construisait ici pour une bourgeoisie aisée (comme au quartier des Fleurs), pas toujours favorable à l’innovation. Ainsi, au 31, il a fallu batailler pour obtenir le permis de construire une villa trois façades résolument moderniste (ci-dessous) à côté de « La Pergola ». Hélas, l’urbanisme a autorisé plus tard l’érection d’un immeuble à appartements qui cache largement cette architecture originale.

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Nous empruntons l’avenue Herbert Hoover jusqu’à l’angle du square Vergote pour admirer une maison unifamiliale de 1928 (ci-dessous) qui, heureusement, se laisse admirer de toutes parts : en briques jaunes (comme la villa Cavrois), elle présente des façades très bien dessinées, des rambardes accrochées avec soin, un soubassement en pierre bleue. Avec sa loggia au plafond ouvragé, ses grilles simples qui soulignent l’arrondi, elle est signée par l’architecte Albert Nyst, qui avait dessiné une maison art déco en 1922 de l’autre côté du square Vergote.

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Avant d’y aller, nous nous arrêtons devant quelques hôtels de maître sur ce beau square arboré, souvent de style « beaux-arts », puis, le long du boulevard, nous regardons le Monument aux morts du Génie (aérostiers, pontonniers, télégraphistes cyclistes…), dû au sculpteur Charles Samuel.

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Un passage souterrain (tags et graffitis à gogo) mène de l’autre côté du square coupé en deux par le boulevard (Luc Schuiten en réunit les deux côtés dans sa Cité végétale) – ce sera la fin de notre parcours.

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A l’angle de la rue Frédéric Pelletier, le guide nous montre une des dernières constructions primées au concours de façades de Schaerbeek, en 1930, de style traditionnel mais originale par la variété des volumes (ci-dessus).

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Au 45 du square enfin, entre des maisons plus pompeuses, voici l’autre maison dessinée par Nyst (1922) : une façade très graphique en briques rouges « rehaussées de pierre bleue et de carreaux de céramique noirs et or » (IPA) dont le dessin se prolonge sous la corniche. Avec sobriété, la pierre bleue souligne l’entrée, l’avant-corps, et se prolonge dans un bac à fleurs intégré sur le côté. Toutes ces choses qu’on ne découvre en ville qu’en allant à pied !

16/08/2016

Nuage de rouge

woolf,virginia,journal,tome i,1915-1918,littérature anglaise,culture« La journée d’aujourd’hui a été parfaitement douce, très calme, et nous avons juste eu le temps, après avoir imprimé une page, d’aller au bord du fleuve pour voir toute chose se refléter parfaitement, exactement dans l’eau. Le toit rouge d’une maison avait son propre petit nuage de rouge dans le fleuve, les lampadaires du pont dessinaient de longs traits jaunes – une grande paix, comme au cœur de l’hiver. »

Virginia Woolf, Journal (22 novembre 1917)

 

Vanessa Bell, Charleston Farm

15/08/2016

Virginia 1915-1918

Dans sa préface au tome I du Journal (intégral) de Virginia Woolf (traduit de l’anglais par Colette-Marie Huet), son neveu Quentin Bell affirme que « considéré dans son ensemble, il constitue un chef-d’œuvre », non sans soulever la question de sa véracité. Virginia Woolf, écrit-il, « passait pour malveillante, bavarde et encline à se laisser emporter par son imagination ». Dans sa correspondance, elle inventait pour amuser, sachant qu’on ne la croirait pas. Dans son Journal, « elle n’est sincère que vis-à-vis de son humeur du moment où elle écrit », au risque de se contredire. D’où l’image assez fidèle qu’elle y donne d’elle-même et de son entourage, de sa vie et de son époque.

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Asheham House, près de Lewes, Sussex par Frederick James Porter (1883-1944)

2 janvier 1915, journée type : conversation au petit déjeuner, « griffonnages » pour Leonard Woolf et elle, déjeuner et lecture des journaux, promenade avec le chien, achat de provisions, thé, soirée de lecture. Bien que très attachée à son mari (juif), Virginia déclare qu’elle n’aime ni la voix ni le rire des juifs, avant de faire un portrait incisif de Flora, la plus jeune sœur de Leonard. Antisémitisme peut-être, critique de sa belle-famille sûrement, dont elle déplore l’« extrême laisser-faire ».

Virginia Woolf n’est pas un ange. Le Journal comporte des remarques choquantes, comme après une promenade où ils ont croisé « une longue file d’idiots », « de pitoyables débiles » : « Il est bien évident qu’on devrait tous les supprimer. » De leur éducation, les Stephen ont gardé certains principes tout en se rebellant contre les conventions, ce sont de fervents adeptes de la liberté intellectuelle.

Nessa (Vanessa), la plus bohème, écrit à sa sœur que « la propreté est une idole à laquelle il faut se garder de rendre un culte » – voilà pour les tâches ménagères, largement confiées aux domestiques (qui ont leur place dans le Journal). Le travail humain a peu de valeur aux yeux de Virginia, « sauf dans la mesure où il rend heureux ceux qui l’exécutent. Ecrire à présent m’enchante uniquement parce que j’aime le faire, et me fiche comme d’une guigne, en toute sincérité, de ce qu’on peut en dire. »

Le jour de ses 33 ans, avec Leonard qui s’est montré très attentionné pour son anniversaire, ils décident trois choses : « prendre Hogarth » (leur future maison), acheter une presse à imprimer, acheter un bull-terrier. Le projet d’imprimer eux-mêmes les excite fort, et en prime, elle a reçu des bonbons qu’elle adore. Mari et femme sont très différents, note-t-elle un autre jour : « Tout ce que je peux dire c’est que j’explose, tandis que L. brûle en dedans. Enfin nous nous sommes brusquement réconciliés (mais la matinée était perdue) et nous avons fait une promenade dans le parc après le déjeuner. »

Fin février 1915 survient la grande crise qui a fait craindre pour sa raison (voir les commentaires d’un précédent billet), le Journal abandonné ne reprend qu’à l’été 1917 dans un petit carnet, le « Journal d’Asheham ». Dans leur maison de campagne (louée de 1912 à 1919 pour les week-ends et les vacances), Virginia se limite à quelques notes factuelles : la cueillette des champignons, une de leurs activités favorites, le temps qu’il fait, les promenades, visites, pique-niques… Après le mauvais temps en août, elle note le 3 septembre un « jour parfait ; complètement bleu, sans nuage ni vent, comme installé une fois pour toutes. » La guerre continue : des prisonniers allemands aident à la ferme, on entend le canon, on lit les nouvelles.

En octobre 1917, les Woolf rentrent à Hogarth House. Dans son nouveau cahier, Virginia décide qu’elle y écrira après le thé, « sans se gêner », Leonard aussi, à l’occasion. Quelques jours plus tard, « un coup terrible » : dispensé du service militaire à cause d’un tremblement nerveux congénital, il est « appelé » et doit repasser une visite médicale, obtenir des certificats (il sera jugé inapte). La Hogarth Press débute, avec l’impression de Prélude de Katherine Mansfield qu’elle trouve vulgaire « de prime abord » (des traits communs), mais « si intelligente et impénétrable qu’elle mérite l’amitié. »

Virginia se réjouit de l’arrivée de Tinker, « une bête solide, active et effrontée, brune et blanche, aux grands yeux lumineux » (qui se révèlera un chien turbulent et encombrant, mais fort regretté quand il sera perdu). La même semaine, on leur a offert un chat de l’île de Man. Les gros chèques « ou passablement gros » qu’ils touchent à présent pour leurs articles de critique la réjouissent, ils ont remboursé leurs dettes. Conférences, rencontres, expositions, thés – et encore des raids, un Zeppelin dans le ciel – voilà tout ce qu’elle note, sans compter les lettres reçues, écrites, le réconfort que lui prodigue son amie Ka (Katherine Cox).

Le 2 novembre, Virginia décrit longuement son séjour à Charleston (avant la guerre, sa soeur s’est séparée de Clive Bell, le père de ses deux fils, et vit là avec le peintre Duncan Grant). Intelligence tenace et rapide, amour du fait concret, Nessa lui donne l’impression « d’une nature fonctionnant à plein ». Mais Virginia est heureuse de retrouver ensuite sa maison, sa vie véritable avec L., ses échappées dans Londres pour faire réparer sa montre ou se rendre aux ateliers Omega, s’acheter un manteau abricot – « un après-midi de Bloomsbury ».

Il suffit que son mari se montre irascible ou sans entrain pour qu’un sentiment de déconfiture l’envahisse, « vague après vague, tout le long du jour » : « Nous avons convenu que, vue sans illusions, la vie est une affaire épouvantable. Les illusions ne reviendraient plus. Pourtant, vers huit heures et demie, elles étaient là, au coin du feu et menèrent joyeux train jusqu’à l’heure du coucher, où quelques gambades terminèrent la journée. »

Quand on lui demande moins d’articles ou de critiques, Virginia avance dans son roman dont elle parle peu. Elle préside aussi la Guilde des femmes (réunions mensuelles, conférences) et travaille à l’impression, note les ennuis techniques. Se rend à une soirée chez Ottoline « toute velours et perles comme à son habitude » ou va dîner chez Roger Fry où elle parle avec Clive Bell de l’art d’écrire « avec des phrases, pas seulement avec des mots », en se basant non sur la structure mais sur la « texture ».

(A suivre)

Relire le Journal de Virginia Woolf – 3

Relire le Journal de Virginia Woolf – 2

Relire le Journal de Virginia Woolf – 1

14/08/2016

Nafi en or !

Quelle belle nouvelle à partager avec vous :

Nafissatou Thiam a remporté l’or de l’heptathlon aux Jeux olympiques de Rio !

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Photo gmx.net © dpa / Antonio Lacerda

Résultats de cette merveilleuse athlète de 21 ans,
avec cinq records personnels sur les 7 épreuves :

100 mètres haies : 13.56

Saut en hauteur : 1m98

Lancer du poids : 14m91

200 mètres : 25.10

Saut en longueur : 6m58

Lancer du javelot : 53m13

800 mètres : 2:16.54

Bravissimo !

http://www.lavenir.net/cnt/dmf20160814_00864710/l-exploit...